Fière comme un paon

Éloge funèbre à ma grand-mère maternelle (1929-2020)

Si l’on me demandait de décrire Grand-maman en un mot, je dirais : fierté.

Avez-vous déjà remarqué sa démarche ? Grand-maman se tenait toujours bien droite, la tête haute. Elle marchait d’un pas ferme. Fière de confectionner elle-même ses vêtements, Grand-maman portait dignement le corail, le turquoise, le rose bonbon et le jaune serin. Elle regardait ses interlocuteurs directement dans les yeux et s’exprimait avec amour et fierté.

Ayant grandi à une époque où réussir sa vie pour une femme dépendait de son mariage, Grand-maman était fière d’être Madame Gonzague Brault. Elle était fière de la vie que son mari lui avait offerte et parlait toujours de lui avec fierté. Je me souviens… je devais avoir environ 18 ans… et Grand-maman a entrepris de me conseiller pour choisir un bon mari… Là, si vous croyez que je vais vous raconter une anecdote un peu drôle, vous allez être déçus : c’est un sage conseil qu’elle m’a donné.

En fait, Grand-maman m’a raconté que lorsqu’elle fréquentait Grand-papa et qu’il l’amenait veiller, elle évitait de le critiquer. Elle ne commentait ni sa tenue vestimentaire, ni sa consommation d’alcools ou de cigarettes, ni son comportement. Elle se contentait de l’observer afin de voir quel genre d’homme il était au naturel. À son mariage, Grand-maman savait exactement qui elle épousait.

Grand-maman était aussi extrêmement fière de ses jolies chevilles, elle vous en a peut-être même déjà parlé…. Mais sa plus grande fierté, a toujours été sa descendance. Elle récitait son arbre généalogique comme un poème d’amour en soulignant les accomplissements de chacun de ses enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants. Et, elle recommençait chaque fois qu’elle rencontrait quelqu’un de nouveau. Jusqu’à la fin, rien ne rendait Grand-maman plus fière que de nous présenter officiellement aux gens qu’elle côtoyait.

Grand-maman nous a enseigné, en prêchant par l’exemple, à être fière de nos accomplissements, des petits comme des grands. De compter nos victoires plutôt que nos défaites. De nous souvenir de nos réussites plutôt que de nos échecs. Et, surtout, d’être fiers de qui nous sommes.

Texte écrit par Marie Simard en février 2020.

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