Je suis en désaccord profond avec une citation publiée récemment sur l’Instagram de Mel Robbins :
« The potential you see in other people isn’t real. It is the projection of what you would do in their position. »
Je crois, au contraire, que le potentiel qui vit en chacun de nous est bien réel. Il ne demande pas à être projeté ni pris en charge ; il demande à être accueilli. Il a simplement besoin du bon environnement pour se développer et croître sainement.
J’en parlais d’ailleurs dans mon dernier article pour expliquer le succès de Heated Rivalry :
« Allowing people to be fully themselves is, in my view, one of the best ways to unlock their potential. A good leader needs to create an environment where actors and collaborators feel free to follow their instincts while still serving a larger vision. »
Levez la main si, un jour, votre famille ou la société dans laquelle nous vivons vous a fait sentir inadéquat(e). Vous n’êtes pas seul(e). Nous avons tous ressenti, à un moment ou à un autre, que notre flamme intérieure brillait trop fort pour les autres — et que, pour être accepté(e), il fallait l’éteindre, ou du moins la réduire.
Je ne veux pas être cette personne.
Je ne veux pas être celle qui participe, même inconsciemment, à l’extinction de la flamme intérieure des autres. Je veux être celle qui la ravive, qui la nourrit, qui lui permet d’exister et de grandir.
J’ai énormément de gratitude pour le superpouvoir qui est le mien : celui de voir la lumière des gens. Mais ce don vient aussi avec la responsabilité de la protéger.
Je n’ai jamais rêvé d’être riche, ni d’un grand mariage, encore moins d’une carrière phénoménale. Aussi loin que je me souvienne, mon rêve a toujours été de me créer une vie qui puisse devenir un safe space pour les gens autour de moi.
Un espace où l’on peut se réfugier en cas de besoin, pour guérir et pour développer son plein potentiel en toute sécurité. Mais aussi être cette personne qui offre la sécurité émotionnelle. Mon mantra :
« J’ai en moi le pouvoir de créer mon propre paradis sur terre et d’y laisser entrer les gens que j’aime. »
Nous avons tous besoin d’un environnement où l’on se sent libre d’être entièrement soi : un environnement sans jugement, sans étiquettes, sans petites boîtes carrées. Ma mission de vie est — et a toujours été — de le construire et d’y accueillir les gens autour de moi.
Ce faisant, j’ai commis quelques erreurs de parcours :
1. Ignorer le côté sombre
Alors que je travaillais comme directrice de l’entretien ménager à l’Hôtel Ruby Foo’s, j’accomplissais quotidiennement mon travail en misant sur les forces de chaque membre de l’équipe. Cette approche fonctionnait.
Toutefois, une stagiaire m’a, un jour, reproché de ne pas être assez sévère avec les préposées aux chambres. Elle m’a dressé la liste de leurs défauts respectifs, convaincue que c’était là le cœur du problème.
Je me souviens l’avoir écouté — elle n’avait pas tout à fait tort sur le fond — puis lui avoir répondu en faisant exactement l’inverse. Je lui ai nommé ce que chacune apportait à l’équipe. J’ai conclu en disant :
« Le jour où je ne serai plus capable de les aimer, je ne serai plus capable de faire mon travail. »
J’y croyais profondément.
Puis, ce jour est arrivé.
Le 23 décembre 2018.
Je me souviens encore du moment exact où j’ai perdu la capacité de voir leur lumière. Il ne restait que l’ombre. Une ombre dans laquelle il m’était devenu impossible de travailler.
J’ai longtemps cru, à tort, qu’en me concentrant sur la lumière des gens, je leur permettais d’exister. Or, la lumière ne grandit pas lorsque l’ombre est niée. L’ombre nous freine. Il faut la reconnaître pour pouvoir avancer.
Il est maintenant clair pour moi que, pour créer un safe space, je dois exposer l’ombre et la regarder en face — celle des autres, mais surtout la mienne.
2. Oublier de créer un Safe Space pour moi-même
Je crois que mon désir de créer — et de devenir — un safe space pour les autres prend racine dans mon enfance.
Avez-vous déjà remarqué que lorsque vous êtes l’aîné d’une famille, on commence à vous dire que vous êtes «grand» à la naissance du second enfant ? C’est le moment où vous devenez responsable, responsable de vos actes et des conséquences qui viennent avec.
Pour moi, ça a été à 2 ans et 2 mois.
Je n’ai jamais vraiment questionné le rôle de soutien qui était le mien et la raison est simple : c’est un rôle que j’ai adopté presque inconsciemment durant l’enfance ; parce que c’était nécessaire. Et la plupart de mes qualités de gestionnaire et de leader qui m’ont servies dans ma carrière proviennent de là.
J’avais un rôle bien défini dans l’écosystème familial. Un rôle où l’exploration de mon identité est rapidement devenue secondaire devant les besoins des autres membres de la famille. Un rôle qui m’exigeait d’être parfaite en tout temps et dans lequel tout « breakdown » de ma part devenait un inconvénient. À l’époque, tout le monde, moi y compris, était trop occupé par les soucis du quotidien pour voir que j’étais en train de disparaître.
Cette façon d’être est devenue une seconde nature pour moi bien avant que j’atteigne l’âge adulte. Elle s’est ensuite imposée dans toutes mes relations, personnelles comme professionnelles.
J’étais la personne utile.
Celle sur qui on pouvait compter.
Toujours présente.
Celle qu’on tenait pour acquise.
À l’aube de la quarantaine, lorsque j’ai quitté mon emploi à l’hôtel — pour les raisons que vous savez —, quelque chose s’est arrêté. Je n’avais toujours aucune idée de qui j’étais. Cette crise existentielle, bien que prévisible, a été vécue comme un inconvénient — dans la continuité de ce que j’avais déjà connu plus jeune.
Quelqu’un qui lutte pour garder la tête hors de l’eau ne peut pas être celui qui nous ramène au rivage. – Auteur inconnu
Cette situation s’applique ici dans les deux sens. Je n’étais plus capable d’être là pour les autres ni physiquement ni émotionnellement. Je vivais… non, j’existais dans un état d’épuisement permanent. Mais je constatais aussi l’absence d’un espace où je pouvais, moi, être soutenue.
C’est là que j’ai compris que je m’étais oubliée. Je définissais mon identité en créant de la sécurité autour de moi, mais je n’avais jamais appris à m’y inclure.
Ce vide, je l’ai longtemps compensé en étant toujours là, en donnant plus, en prenant moins de place.
3. Être trop présente ; trop donner
Ma confrontation avec le vide a été très révélatrice : ma valeur passait par ce que je donnais. Enfin, c’est ce que je croyais…
Il y a quelques semaines, je suis allée prendre un café avec mon Patron afin de discuter de mon identité professionnelle. Je lui racontais l’échec que j’avais vécu lors de mon emploi au Théâtre la Marjolaine.
Il a tout de suite dit : « Tu en faisais trop ? » 😮
Je suis une personne qui construit. Je vois ce qu’il y a à faire ou plutôt TOUT ce qu’il est possible de faire. Je fixe un objectif. Je mets la barre TROP haute. Puis, je mets tout en place pour l’atteindre. Littéralement TOUT. Je sais où je m’en vais et il n’y a rien ni personne qui va m’en empêcher.
Et, c’est avec cette attitude — qui m’avait autant servi que nui par le passé, mais que j’assumais complètement — que j’ai abordé mon travail au Théâtre la Marjolaine.
Êtes-vous déjà allé au Théâtre la Marjolaine ? Impossible de ne pas tomber sous le charme de l’endroit. Mon superpouvoir s’est activé : je voyais TOUT le potentiel, TOUTES les possibilités. Puis, j’ai entrepris de les mettre en place une par une. Dans mon enthousiasme à toute épreuve, je n’ai pas entendu mon employeur qui me disait que j’en faisais trop :
«Marie, tout ce que tu mets en place ; je ne pourrai pas le maintenir lorsque tu ne seras plus là.»
Lors de notre premier conflit, je l’ai vu prendre ma barre TROP haute et la jeter par terre. Un comportement que je n’ai pas compris sur le moment…
Puis les choses ont dégénéré lorsque, ne sachant plus comment m’arrêter, il est intervenu directement auprès de mes collègues et collaborateurs extérieurs pour bloquer certains projets.
Alors, oui, j’en faisais trop. Être TROP c’était mon identité, le rôle qui était le mien depuis toujours. Mais être trop empêche la réciprocité. Ce que je créais n’était pas un safe space, mais un système qui reposait entièrement sur moi — un système qui ne tenait que tant que je tenais.
Cet échec professionnel, tout en m’ouvrant les yeux, a ébranlé une quête d’identité déjà fragile. Pour la première fois, j’ai commencé à observer et à écouter ce qui se passait autour de moi lorsque je n’étais pas trop.
Cette prise de conscience a été douloureuse. Elle était pourtant nécessaire ; elle a occasionné des changements dans mon cercle immédiat et dans la dynamique de mes relations.
Certains ne m’ont toujours pas pardonné de ne plus être assez ; ils ne font plus partie de ma vie.
D’autres se sont rapprochés, car maintenant, ils ont de la place pour exister à mes côtés.
Le conseil de mon Patron a été d’aligner mon énergie constructive avec la mission de mon employeur. D’apprendre à canaliser mon TROP dans la bonne direction.
Un Safe Space, autrement
J’arrive à la conclusion que je ne peux pas être — ni devenir — un safe space pour les autres. Un safe space n’est pas une seule personne, mais un système que l’on bâtit et que l’on entretient tout au long de notre vie, à travers des décisions quotidiennes.
Il commence par le choix d’en faire partie. Par celui de s’entourer de personnes qui, comme nous, souhaitent y appartenir et le faire exister. Puis par la responsabilité de le protéger, à tout prix.
Bien que mon identité soit toujours en redéfinition, et que ma direction demeure incertaine, la création d’un safe space demeure ma mission de vie. Je vous invite à m’accompagner dans cette aventure. Car nous avons tous besoin d’un espace pour explorer et canaliser notre lumière.
Que votre lumière soit nourrie sainement.

